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03/02/2010

abidjan est gaté



Abidjan est gâté



Elles ont entre 10 et 60 ans et se prostituent. Cela choque plus d'un. Mais personne n'ose lever le petit doigt pour condamner ce fléau aux gros risques. La société ivoirienne dans sa globalité semble fermer les yeux sur ce phénomène qui se pratique dans tous les coins de rue. Des marchés désormais pratiqués à ciel ouvert, à la limite de l'outrage public. Regard.
Ce n'est pas une révélation. Mais plutôt une confirmation sur le terrain. La prostitution gagne du terrain à Abidjan et ses banlieux ainsi que dans plusieurs villes du pays. Mais jamais dénoncée et combattue avec rigueur. Si ce metier est exercée à Abidjan par des femmes de tous âges, force est de reconnaître que les bénéfices reviennent aux hommes. Qui se considèrent comme leurs propriétaires. Comment peut-il en être autrement, lorsque la notion de prostitution révèle de façon on ne peut plus claire une dépendance socio-économique des femmes et met en exergue lexploitation de la sexualité féminine ! Vieille que le monde, cette triste réalité sest installée dans notre société. Réservant à des hommes, le rôle de fournisseurs, de clients et de régulateurs dun des marchés les plus lucratifs. Pour mieux comprendre et toucher du doigt ce phénomène, nous avons fait un périple dans les rues de la capitale économique, Abidjan. Aux heures de pointe, (entre 9h et 11 du matin) lon est frappé par la normalité quoffre le paysage abidjanais fait de femmes, dhommes et de pratiques qui en fait, font partie et sans gêne du décor de certains quartiers. A Yopougon, quartier d'abidjan réputé pour ces moments de joie, lon a limpression que le vice et la piété ont conclu un pacte dans lequel chacun respecte les espaces temps et géographique de lautre. Une sortie nocturne à la rue princesse. La plupart des filles qui "exercent" dans ce lieu sortent à peine du sein de leur mère. Elles ne sont pas encore femmes et voilà déjà quelles arpentent les rues de la cité de la joie, à la recherche de nouveaux clients. Ces filles viennent de tous les quartiers d'abidjan. Elles choisissent de "sexiler" à Yopougon, loin des leurs. De peur de lhumiliation et du déshonneur. Cest en quelque sorte la loi de la fuite de la proximité. A Yopougon, les prostituées sont partout. De leur QG "kôkrôni", situé entre la rue princesse et la rue des princes, à "Yao Séhi", en passant par "Sicobois" et "l'antenne", elles soffrent à vil prix. 500 à 1000 francs cfa la passe. La particularité du "Kôkrôni" est que les filles qui y exercent viennent pour la plupart du Nord. Quant à celles du quartier "Yao Séhi", se sont pour la plupart des réssortissantes Ghanéenne, et Nigériane.
Exerçant dans un maquis situé à quelques encablures de lhôtel Balafon, dans le prolongement de la rue princesse, A et K.P. sont de très belles filles. Venues de leur Duekoué natale, elles ne se plaignent pas. Assises chaque soir dehors à lentrée principale du maquis où elles servent en compagnie de plusieurs autres « belles de nuit » qui sont en fait leurs « co-régionnaires » G. A. et K.P. se tirent daffaire. « Le jour où jai la chance, je peux avoir dix-mille francs. Il marrive aussi de passer la nuit sans un seul sous », nous confie, la voix quelque peu noyée dans la gène. Mais dans cette histoire, lon ne peut peindre le portrait de ces « vendeuses de charme » sans parler de lacteur principal de cette tragédie digne des drames de lhumanité.
Boulevard Latrille, rue du Lycée classique : le sexe à ciel ouvert. Virée nocturne dans le quartier chic de Cocody. Il est 19h30 ce samedi 10 Juin 2006, lorsque jarpente les rues de Cocody-centre qui débouchent sur lhôtel Ivoire. Les réverbères des grands boulevards commencent à sallumer lun après lautre. Offrant aux bourgeois de cette coquette commune dAbidjan, un spectacle de petites lumières scintillantes, dignes dune soirée de carnaval. Cest à ce moment-là, que les « belles de nuit » surgissent des ruelles à peine éclairées, contiguës aux grands boulevards que sont ceux de luniversité, de France ou encore le Latrille. Sur le trottoir de la rue du Lycée classique dAbidjan, se tient une fille dà peine une quinzaine dannée. Maquillée à outrance, pour sûrement ne pas passer inaperçue, cette fille au visage dange, essaye doffrir aux passants, un air indifférent. A côté delle gît au sol un préservatif, fraîchement utilisé. Par qui ? et avec quelle partenaire ? Nous ne le saurons pas. Mais une chose est sûre. Sur la rue du lycée classique, lacte sexuel est banalisé. La preuve, les amants circonstanciels ne se cachent même plus des regards des passants. Qui, dans une position debout, qui, dans une autre couchée à même le sol, pour chacun, une seule chose compte : la satisfaction de la libido pour le client, et le gain d'argent pour la prostituée. La défiance sans borne. De loin, japerçois un couple de jeunes filles, accompagnées dun garçon qui na pas encore atteint lâge de la puberté. Et pourtant, il se mêle déjà à ce jeu.
Il est 23 heures. Le temps passe vite. Changement de lieu et de décor. Cette fois-ci, je suis sur le boulevard Latrille, à deux doigts de lhôtel Ivoire. Ici encore, les scènes sont plus obscènes. Les gros arbres, plantés le long du boulevard ne servent pas seulement à fournir de lombre pendant la journée. La nuit venue, ils servent à autre chose. En effet, les clients moins nantis « prennent leur pied » derrière ces arbres transformés pour la circonstance en chambre de passe. Pour les nombreux passants, ces filles suscitent tout à la fois la peur, leffroi, la honte, la désolation voire la pitié. Pour dautres, elles représentent un objet de fascination, une marchandise ou simplement un appât.
A la rue des Jardins aux II-Plateaux-Vallon, les « belles de nuit » sont pour la plupart des femmes de tous âges. Au carrefour « Duncan », jaborde courageusement une dame, assise dans un jardin fleuri. Attendant un voleur dâmes . C. T., appelons-la ainsi. Du haut de ses 45 ans révolus, paraît plus jeune. Mais lest-elle vraiment ? La poitrine très forte, le physique impressionnant, C. T. accepte déchanger avec moi. Il est déjà 23h 50. Son visage porte des traces de blessure. Est-ce luvre dun de ses clients ? Je n'ose pas lui poser la question. Cest avec elle que je comprends plus tard, toutes les formes inimaginables que prend la prostitution. La version la plus avilissante de la prostitution, concerne selon elle des jeunes filles très fugueuses qui cherchent des moyens financiers pour survivre. C. T. comprend tout de suite par mes questions que je ne suis pas un client. Elle accepte tout de même de souvrir à moi « quelle sacré chance » ! Ai-je crié intérieurement. Vu le temps très avancé, nous nous donnons rendez-vous. Pour le lendemain dans son bureau". Mais quel bureau ! Lui demandai-je. Elle sourit, puis précise : Mais je suis ici dans mon bureau ! Je comprends dès lors que C. T. ne vit que de la prostitution. Nous échangeons les numéros de portable avant de nous séparer.

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